Salut, Covid-19

Non, le dioxyde de chlore et le MMS ne guérissent pas du coronavirus

Avec la crise du coronavirus, on assiste au retour de messages viraux et de prétendues études scientifiques en défense d’un produit connu sous le nom de Solution minérale miraculeuse (MMS). Ces informations circulent depuis des années et elles sont désormais adaptées afin de défendre ce produit en tant que traitement alternatif contre la covid-19. Ces informations sont FAUSSES.

Nous disposons d’une substance qui est interdite à l’usage médical, mais dont la vente est autorisée en tant que désinfectant, à savoir le MMS, le chlorite de sodium activé. Il permet de contrer en quelques jours le coronavirus.

Josep Pàmies

Le dioxyde de chlore ne peut que fonctionner, car il oxyde les capsides des virus, et le coronavirus présente justement de grandes capsides [...]. La solution dont nous disposons avec le dioxyde est on ne peut plus claire, c’est une solution qui fait ses preuves depuis des années. »

Andreas Ludwig Kalcker

Ces déclarations émanent de deux défenseurs de la Solution minérale miraculeuse, qui soutiennent désormais que le MMS guérit du coronavirus. Les vidéos dans lesquelles Pàmies et Kalcker s’expriment ainsi ont été supprimées par YouTube pour « infraction des directives de la communauté ». Cependant, bien qu’elles enfreignent le rapport sur les Contenus de YouTube et des réseaux sociaux faisant la promotion de produits prétendument curateurs contre la covid-19, élaboré par le Conseil audiovisuel de Catalogne (CAC) en mars, ces vidéos continuent de circuler sur WhatsApp et Telegram. Il y a quelques jours, vous nous avez envoyé un livre au format PDF, intitulé La santé est possible et écrit en 2013 par Andreas Ludwig Kalcker.

L’Organisation mondiale de la Santé affirme sans détour qu’il n’existe toujours pas de traitement contre le coronavirus : « À l’heure actuelle, aucun médicament n’a fait ses preuves dans la prévention ou la guérison de cette maladie. L’OMS ne recommande pas l’automédication, avec quelque traitement que ce soit, antibiotiques compris, dans le but de prévenir ou de soigner la covid-19 ».

Mise en garde contre le MMS dans le monde

Il y a dix ans, en mai 2010, l’Agence espagnole des médicaments a retiré le MMS du marché : « Le produit en question n’a pas fait l’objet d’évaluation ni d’une autorisation préalable à sa commercialisation de la part de l’Agence espagnole des médicaments [...], sa présence sur le marché est donc illégale. » En octobre 2018, le gouvernement espagnol a présenté une plainte auprès du procureur en raison du risque que présentaient pour la vie et la santé des personnes la vente de cette Solution minérale miraculeuse et la publicité la présentant comme un remède contre différentes pathologies. La ministre de la Santé, de la Consommation et du Bien-Être de l’époque, María Luisa Carcedo Roces, l’avait annoncé au Sénat. Une fausse information circulait alors sur le fait que le MMS pouvait soigner l’autisme. Par ailleurs, la Généralité [gouvernement catalan] fait figurer le MMS dans sa liste de médicaments les plus fréquemment achetés sur les sites Internet illégaux.

D’autres pays ont également donné l’alerte quant aux risques du MMS. En 2018, le département de la Santé du Canada (Santé Canada) avait lancé un avertissement au sujet des dangers de la Solution minérale miraculeuse, de même que l’Administration des aliments et des médicaments des États-Unis (FDA), qui avait émis un communiqué sur ses effets secondaires dangereux et potentiellement mortels. En outre, il y a trois mois, la FDA a envoyé une lettre à une entreprise qui commercialisait le MMS en tant que méthode de prévention et de traitement de la covid-19, en expliquant qu’elle avait reçu « des signalements de personnes ayant souffert de graves effets secondaires après avoir utilisé des produits contenant du dioxyde de chlore ».

Voici les institutions qui ont également pris position sur le sujet :

Qu’est-ce que le MMS ?

La Solution minérale miraculeuse (MMS) est le nom utilisé pour désigner la CSA (ACS en anglais), à savoir la chlorite de sodium acidifié, un mélange de chlorure de sodium (sorte de sel) et d’acide citrique, l’un des composants des citrons et des oranges. Il s’agit d’« un produit très facile à faire », explique Xavier Giménez, chimiste et vulgarisateur scientifique de l’Université de Barcelone (Espagne). En effet, les deux substances qui la composent sont très faciles d’accès. L’acide citrique est une substance naturelle, contrairement au chlorure de sodium, qui est une substance très dangereuse, quelle que soit la concentration, si ce n’est à des doses extrêmement faibles. La chlorite de sodium et l’ACS sont deux choses différentes, mais apparentées, étant donné qu’il se forme dans le mélange liquide servant à préparer l’ACS du dioxyde de chlore, plus précisément lors de l’acidification de la chlorite de sodium.

Pour quelles raisons le MMS est-il dangereux ?

Le MMS est dangereux, car il s’agit d’une solution basique désinfectante. Il diffère de l’eau de Javel (composée d’hypochlorite de sodium), mais il utilise aussi le chlore comme agent oxydant. Le dioxyde de chlore est utilisé depuis plus de 100 ans pour éliminer les microbes, par exemple pour la stérilisation en chirurgie ou dans les cuisines d’un restaurant. « Ces agents sont stérilisants parce qu’ils sont tellement puissants qu’ils détruisent toute forme de vie connue, non seulement les microbes, mais aussi les cellules humaines », ajoute X. Giménez. Sur une surface métallique comme celle d’une cuisine, où l’on trouve seulement des formes de vie contaminantes et nocives, son utilisation n’est pas problématique, mais en aucun cas, assure l’expert, on ne peut l’utiliser comme médicament.

Un médicament est une substance sélective, qui agit contre un pathogène ou un agent bien spécifique qui est à l’origine d’une affection, mais il est inoffensif pour le reste de l’organisme. En revanche, l’ACS est un biocide, c’est-à-dire une substance qui tue différentes formes de vie (bio signifie vie et cide, tuer). Maria Parelló, responsable du Centre d’information du médicament du collège des pharmaciens de Barcelone (Espagne), ajoute que l’action puissante et oxydante de la chlorite de sodium « peut avoir des effets secondaires, tels que des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements ou la diarrhée ». Le MMS, même à petite dose, « n’apporte aucun effet bénéfique et présente des risques », ajoute-t-elle.

Certaines personnes utilisent également le MMS comme mesure prophylactique, parce qu’elles pensent que ça leur permet d’être en bonne santé. « C’est un poison qui agit peu à peu et, au fil des années, entraîne une perte de globules rouges à un rythme tellement lent que l’on n’en a pas conscience. Cette substance provoque une anémie au bout de quelques mois, mais l’effet est tellement lent que les personnes ne l’associent pas à la prise de ce produit », nous explique X. Giménez.

Qui est à l’origine de la promotion du MMS ?

Comme nous l’avions déjà signalé, le plus grand défenseur du MMS en Catalogne (Espagne) est Josep Pàmies. Il y a quelques mois, le Conseil du Collège des médecins de Catalogne (CCMC) avait porté plainte contre Pàmies pour sa promotion du MMS comme traitement contre la covid-19 et, au niveau national, le Conseil général des collèges officiels de médecins (CGCOM), avait annoncé qu’il se porterait partie civile dans la procédure lancée par le CCMC. Comme l’ont relaté plusieurs médias, le parquet a classé l’affaire sans suite.

À l’échelle mondiale, c’est Jim Humble qui a défendu l’usage de ce produit et a diffusé les fausses informations le concernant. En Europe, le mouvement est représenté par Andreas Kalcker, auteur du livre La salud es posible [La santé, c’est possible].


Aquest article és part del projecte "Les Mentides Amenacen la Salut", el primer portal de fact-checking de rumors sobre la covid-19 de Catalunya.

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